L'autre jour tu avais cette sensation fugace
D'être dans une direction
Puis tout s'est évaporé
Avec ta canne bricolée d'une branche , d'une ficelle , d'un bout de ferraille pour hameçon
A pêcher là , oui juste là
Dans l'océan des signes
De fleuve en fleuve elle passe d'une rive à l'autre
Au fil de l'eau et de ses rencontres
Négligemment accoudée la main caressant les flots et parfois y plongeant
Elle fait cabotage
Il dit en riant
- Les ovnis existent et ils ont une forme
Oui ! C'est prouvé scientifiquement
Celle du triangle
Certains persistent à nommer téléphone ce boîtier avec écran qui n'est jamais éloigné d'eux
Il faudra lui redonner son vrai nom qui est celui d'ordinateur de poche
Pourquoi son omniprésence ?
Il se dit qu'il est la réponse en objet au fameux mot d'ordre " Vivre sans temps mort , jouir sans entrave " . Il se dit tellement de choses
Ce recueil d'une dizaine de contributions , intitulé - Traits résistants - La Résistance dans la bande dessinée de 1944 à nos jours - est paru en 2011 pour accompagner une exposition organisée au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon . Un des contributeurs , Laurent Douzou cite ce magnifique texte de Jean Paulhan intitulé L'abeille et paru en février 1944 . A ceux qui objectaient les faibles résultats et les sacrifices humains de ceux qui résistaient , il fit cette réponse " C'est qu'ils étaient du côté de la vie . C'est qu'ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu'une chanson , un claquement des doigts , un sourire . Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu'à ce qu'elle étouffe . Elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué . C'est peu de chose , dis-tu . Oui , c'est peu de chose . Mais si elle ne te piquait pas , il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles ." Un texte en mantra pour les guérilleros du quotidien . En cela il rejoint Pierre Rabhi et son colibri - ce n'est pas la quantité mais l'action de porter témoignage . Pour ne pas que les choses restent impunies . Elles sont hégémoniques car elles correspondent à un moment donné aux aspirations ou aux lâchetés du plus nombre . Il reste en toutes circonstances quelque part des endroits peuplés d'irréductibles qui résisteront encore et toujours aux envahisseurs
A la fin des hostilités apparaissent des magazines de bande dessinée dont les noms claquent telles des balles . Coq hardi et son slogan " chante tous les 10 jours pour la jeunesse de France " - imprimé à Clermont-Ferrand pour les dix premiers numéros avant que la rédaction animé par l'inénarrable Jacques Dumas , dit Marijac ne remonte sur Paris . Vaillant - le journal le plus captivant - tout un programme contenu dans son titre , avant que le narratif de la Résistance ne s'estompe et qu'il devienne Pif . C'est une époque de décapage comme le sont les tempétueuses laissant apparaitre les fortes personnalités . Quelques noms pour leur rendre hommage dont je vous laisse le plaisir de découvrir les parcours - Pierre Mouchot , dit Chott , Auguste Liquois , Robert Rigot , Auguste Vissel , dit Alban Vistel , Madeleine Bellet , Roger Lécureux , René Moreu , Jean-Georges Evrard , dit Jean Doisy . La majorité de ces illustrés sont d'une facture classique , les mouvements des personnages ont n'y croit pas trop , c'est assez rigide , avec beaucoup de texte - ce n'est pas du western à la Paolo Eleuteri Serpieri . Ils n'ont guère passé la barre de cette période , à part Calvo et son La Bête est morte ! Pourtant lesté par les textes de Dancette , il donnera la pleine mesure de son talent avec l'album Rosalie . C'est une esthétique à la Walt Disney qui fait d'autant plus regretter le moment européen loupé du passage à l'animation de Benjamin Rabier qui aurait pu offrir une alternative . La bande dessinée est un des reflets de la société et ce livre en donne un bon aperçu . Des voitures de l'occupant allemand équipées de gonio diminutif de radiogoniométrique sillonnaient les rues pour traquer les postes clandestins . D'autres fabriquaient des faux papiers pour échapper aux rafles . Il n'est pas certain qu'une résistance pourrait survivre longtemps face aux moyens technologiques actuels . Il suffit de constater ce qui se passe dans les pays à pouvoir fort . Déploiement de la biométrie , quadrillage des rues par des caméras dont les fameuses qui vont se généraliser - celles à reconnaissance faciale , possibilité d'écouter n'importe quel moyen de communication ou de les bloquer - l'arsenal est lourd . Il n'y aura plus que le pizzino passant de main en main pour l'échappée belle . Tous ces moyens de surveillance se répandent dans la société au galop , la transformant en prison à ciel ouvert . Tous de s'équiper quasi volontairement de bracelet électronique , pour les entreprises c'est la facturation du même nom qui va les enserrer . Une expérience en quelque sorte . Dans tout cela où sont les FTP ? Pas bien loin , mais chut ! C'est un secret . A bientôt pour de nouvelles lectures et aventures
Il raconte
- Je me suis retourné
Elle s'était déshabillée
Je ne sais ni quand , ni comment
Une déflagration dans l'air
Une grenade à fragmentation venait d'exploser
Des éclats de sa nudité sont encore présents
Fichés profondément dans mes rétines
Mi-décembre 2002 le cargo Le Tricolor - s'écrivant sans e - coule au large de Dunkerque . Quelques mois avant déboulait une nouvelle monnaie pour harmoniser une zone économique - l'euro . Faut-il y déceler une concordance ? Dans ce rail de circulation maritime passe le sang - celui de la marchandise . C'est le mouvement incessant des globules-navires qui circulent . Des porte-conteneurs de plus en plus démesurés naviguent - on les dirait construits en briques de Lego . Pourquoi si grands ? Personne ne sais plus . C'est peut-être pour être à l'unisson d'un rythme - celui d'une cavalcade sans fin . Ces broncos en furies décochent des ruades remuant l'air du temps . Des chroniqueurs météorologistes de service en décrivent les mouvements - ils se nomment économistes . En attendant le défilé des marins et des bateaux continue . Ils transportent de la marchandise de quelque part accompagnée de marins de quelque part aussi . Souvent la provenance est celle de l'endroit le moins-disant . Tous ces cargos , tankers , porte-conteneurs et autres carburent au pétrole . Il est possible que cette substance volatile soit celle du capital - elle est par essence apatride . Ce qui lui donnait sa tonalité terroir , c'était les ancrages . Les mêmes que décrivent Elisabeth Gueuret au stylo et Eric Le Brun aux photos - ceux pour faire tenir les balises . Les balises en équivalent des panneaux de circulation routière . Une balise ou un phare sont dotés d'un feu qui émet des éclats qui sont leurs signatures . Cette présence visuelle est rassurante pour les marins - ces effets lumineux et stroboscopiques font discothèque . Mais ce qui est expliqué dans ce livre de 2010 c'est que leur existence est désormais quasiment inutile à part pour la plaisance . Les systèmes embarqués des bateaux suffisent à les guider . Les gardiens de phare ont aussi disparus depuis leur automatisation . Les phares à l'instar des églises devenant des lieux de visites . La disparition et les reflux prospèrent . Matérialisant l'arrivée au port et devenue symbole de la ville de Dunkerque - une balise avec une sirène . Elle peuple les rêves des marins , en mer loin de tout - compagne des désirs en queue de poisson . Des familles en bateaux en font le tour pour lui confier les cendres des disparus . Elle est l'œuvre de Léopold Franckowiak . Une fois les autres démantelées il n'y aura plus que sa présence en ancrage pour les imaginaires . Elle sera seule , elle sera la vigie . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures
Aux oreilles parviennent des bruits de grésillements - nombreux vraiment
Aux narines une odeur de chairs grillées - à suffoquer
Aux yeux des marques partout où ils regardent
Une opération de branding à grande échelle est en cours