Il n'y a pas tant de différence entre une œuvre et le feu d'un phare - de loin elle fait signes , ses éclats parviennent jusqu'à nous . Il s'agit ensuite de s'en approcher . Il y a énormément de phares mais seuls certains possèdent une luminosité à laquelle nous sommes plus ou moins sensible . C'est toujours étonnant de découvrir une nouvelle œuvre , pourquoi maintenant ? Pas avant ou plus tard ? Arrive t-elle au bon moment ? Celui qui l'a érigé laisse signature - une condensation de son ou ses talents . Marc Pessin a pratiqué de nombreux compagnonnages depuis son atelier d'imprimeur à Saint-Laurent-du-Pont . Un dessin pour l'un , une mise en pages pour l'autre ou un tirage particulier - plus d'un millier de recueils - puis il a décidé de fonder civilisation . Une fictive nommée - les Pessinois - à laquelle il va fournir écriture et historiographie . Elle était devenue son terrain de jeu . Les plis géologiques du massif de la Chartreuse vinrent s'inscrire dans le papier , avec force gaufrages aussi pour lui apporter sensualité et relief . Il n'y a pas tant de différence entre tout un chacun et un artiste , si ce n'est que ce dernier donne forme à sa singularité - elle devient une esthétique - une proposition qui est là à disposition . La figure de l'artiste fascine car lui , lui oui est allé au bout de sa démarche . Après une œuvre perdure tant qu'elle conserve une capacité d'attraction , autrement elle rejoint les poussiéreuses et oublieuses étagères placées dans les couloirs du temps . Parfois un érudit passe , la prend dans ses mains , va l'épousseter , l'étudie , puis la repose et s'en va .
Ce livre Marc Pessin , Regards sur l'œuvre est paru en 2009 , il accompagnait une exposition au musée de Grenoble qui lui a été consacrée . On y trouve les contributions de Jean Burgos , Michel Butor , Jean-Pierre Chambon , Pierre Dhainaut , Philippe Gonnet , Pierre Péju , Jean-Pierre Spilmont - ils venaient deviser - parlant la même langue - autour de la Table ronde pour rendre hommage à l'un des leurs . Marc Pessin a disparu en 2022 , d'autres de ces chevaliers aussi - une génération passe . C'est le peson qui mesure la densité d'une œuvre , sa densité mais pas sa popularité - certaines s'effilochent dans l'air du temps , d'autres sont blocs de marbre . C'est ce qu'il a tenté de faire en enfouissant des morceaux qui attendent d'être découverts par des explorateurs . Les plus confidentielles sont les moins recherchées , et il n' y a rien a gagné , ce n'est pas la Chouette d'Or - si ce n'est le plaisir de la rencontre - et celui de recevoir des convives à la Déjeuner sous l'herbe de Daniel Spoerri . Le passage de relais est le moment le plus critique , certains tombent et ne sont plus ramassés . Pour le recensement il y a les Mormons qui s'en occupent , pour décrire les méandres d'une vie il y a moins de volontaires . Quelqu'un un jour écrira-t-il la biographie de Marc Pessin ? Peut-être , peut-être pas , même Romain Bouteille attend la sienne . Faut-il dans ses relevés de traces qui la constitue mentionner à part égales les actions , les réalisations , ou la pensée en volutes forcément volatiles - tant d'éclats déjà dissipés ? Ou parfois se contenter des lignes directrices qui a minima dessinent les contours . Vaste chantier auquel nous tenteront un jour d'apporter des réponses . A de nombreuses tables le siège périlleux reste à pourvoir , il se dit qu'il y a toujours des volontaires pour tenter leur chance . Il se dit tellement de choses . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures