Les mots qui constituent cette phrase
Et les autres
Déposés
Un par un
Sur les cairns qui jalonnent les chemins
Il dit en riant
- Il se peut que la joie d'un chien truffier en flairant une
Soit la même que celle de découvrir un auteur avec des concordances
Il dit en riant
- Le drame est que cet Age d'Or que nous traversons n'est ni vécu , ni perçu comme tel
Écrire est une croyance , dans la justesse de la prose du moment
Celle qui sera peut-être meilleure demain ou un autre jour
Écrire est un jalon pour signifier - voilà où nous en sommes
C'est la boussole qui tente de trouver sens et d'indiquer une direction
Écrire est un acte de mémoire - c'est poser fondation
Écrire pour donner des formes au réel
Écrire car il est possible que conter le monde soit notre mission
Elle était entre ses jambes à étudier son sexe gonflé de désir de près
Il n'y avait que cet instant et le geste d'après
Rien d'autre
Le regard embué , elle lui a demandé
- Est-ce que tu m'aimes ?
Il dit en riant
- Avec la morale et l'ordre les classes populaires et les moyennes
Se font toujours niquer
Pop ! Un ici . Pop ! Un autre là-bas . Pop ! Pop ! Pop ! Pop ! Toute une poussée . Les champignons c'est comme les artistes , souvent il est possible de deviner une logique - le terreau était déjà favorable - il y a des lignées arrimées au mycélium , et l'un ou l'autre arrive à la bonne période . C'est la conjonction d'un talent et d'une attente qui le fait sortir de terre . Parfois le surgissement est plus inattendu . Pop ! Façon art spontané , c'est ainsi que Jean Tourlonias débarqua , avec ses tableaux réalisés sur un peu tous les supports qu'il avait à portée de main - des bâches plastiques de serres , des plaques en bois ou en fibre de verre , avant d'élaborer ses propres châssis . Il pratiquait le maraîchage , ses toiles prirent naturellement place à côté des légumes qu'il vendait au marché de Cébazat . Pourquoi se mettre à peindre ? Pourquoi pas , après tout d'innombrables corps se couvrent biens de tatouages . Ce geste de peindre il le met en œuvre à son retour de mobilisation d'Algérie en 1962 , d'avoir côtoyé les blessés , les morts , les tragédies sous le soleil , peut-être en exutoire , il va alors se mettre à peindre en couleurs vives , en hymne à la vie . D'abord les paysages et les gens qu'il vient de découvrir - avec du désert et des chameaux - puis des voitures et des motos du Paris-Dakar et leurs pilotes , avant d'y rajouter en dédicace les vedettes du jour hommes et femmes politiques ou du spectacle . Pop ! Pop ! Pop ! C'est son Pop Art à lui . Il se dit qu'en peignant il entonnait la fameuse chanson . " Chauffeur , si t'es champion , appuie , appuie . Chauffeur , si t'es champion appuie sur le champignon . A fond ! A fond ! A fond ! " . Il se dit tellement de choses
Tous les personnages présents dans les tableaux de Jean Tourlonias arborent une lueur inquiétante d'étrangeté dans leurs regards . Ils semblent provenir d'un lointain et peut-être d'une autre civilisation - c'est l'étoile à l'œil . Une partie de l'explication du mystère est à rechercher du côté d'Haïti , ce pays où la part de bénédiction et celle inhérente de malédiction propres à chaque pays semblent ici faire de terribles duels . Tout a débarqué d'une volonté esthétique puis tout est parti en sucette après la réunion . Venons-en aux faits , c'est un des participants qui nous a confié l'histoire sous le sceau de l'anonymat , il était à ce fameux conciliabule . Ils étaient une douzaine , il n'est possible de citer que ceux qui ne sont plus - Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d'Argent dit Frankétienne , Louisiane Saint Fleurant , Jean-Claude Garoute , Robert Saint-Brice , Charles Obas . C'était le premier avril 1961 , ils étaient dans une clairière sous la canopée des étoiles . Ils commencèrent le rite de la torsade , il s'agit de tresser pour les additionner les forces créatives . Elle forme d'abord dans le ciel une sorte de pylône puis en fonction du mouvement insufflé elle se met en quête de la ou des demandes . Ici l'enjeu était d'exporter leur art et ce qu'il comporte en Europe . La suite vous la devinez , après une harassante recherche - Jean Tourlonias fût le fulguré , ils venaient de dénicher leur messager . Il était là peinard en perm puis soudain il s'est parlé à lui même et sa voix intérieure s'est faite entendre " Bordel j'ai envie de peindre de toutes les couleurs , en bleu , en jaune , en rouge ..." . Il est parti s'acheter de la peinture et des pinceaux , pour les supports vous connaissez déjà .
Georges Dubouchet est le gardien de la mémoire d'un monde disparu celui de la paysannerie du Massif Central , à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages . Il y décrit le mobilier , les outils et leurs usages , les hommes et leurs traditions oubliés de tous - c'est une Atlantide qu'il évoque . A bien y regarder cette Auvergne passée ressemble à l'Afrique - même familles nombreuses , un sens identique de la débrouillardise pour fabriquer ses propres outils , même opiniâtreté à travailler la terre , mêmes rites ancestraux lentement élaborés et connus d'eux seuls . Une peinture colorée avec du texte , faite à l'arrache et attrapant le populaire qui flotte dans l'air pour le coller sur des toiles en chantant du Amadou et Mariam - oui c'est la même . C'est un surgeon du tronc commun séparé qui a rejailli de façon improbable à Cébazat . Il était libre et inspiré cet homme - un artiste - libéré de ses chaînes , à part celle des volcans en partage avec ceux de l'île . Ses toiles en autant de résurgences , elles apportent aux cimaises un ailleurs . Mais il n'y avait pas qu'une esthétique d'un art spontané qui est arrivé . Les artistes sont de grands farceurs , dans le paquet cadeaux celui , qui a illuminé Jean Dubuffet partant à la poursuite de tous les éparpillés , il y avait aussi des morceaux du culte invoqué mais adapté à cette Europe - c'est ainsi que le vaut-tout a commencé son œuvre . Ceci est une longue histoire que nous raconterons une autre fois , en attendant je vous souhaite de chouettes lectures et aventures
A ce moment
Il y avait en toi parcelles
A ce moment
Il y avait en toi totalité
A ce moment
Il y avait en toi le passé , le présent , le futur
A ce moment
Il y avait tout
Puis tout a disparu
C'était le bazooka des mot qui arrosait les rues pour provoquer accolades
Face à eux les images ces putes et tous leurs proxénètes faisaient racolages
Une guérilla terrible se déchaîna où il n'y avait que des tentatives d'étreintes
Pour donner le baiser de la mort ou celui de la vie
Il n'y a pas tant de différence entre une œuvre et le feu d'un phare - de loin elle fait signes , ses éclats parviennent jusqu'à nous . Il s'agit ensuite de s'en approcher . Il y a énormément de phares mais seuls certains possèdent une luminosité à laquelle nous sommes plus ou moins sensible . C'est toujours étonnant de découvrir une nouvelle œuvre , pourquoi maintenant ? Pas avant ou plus tard ? Arrive t-elle au bon moment ? Celui qui l'a érigé laisse signature - une condensation de son ou ses talents . Marc Pessin a pratiqué de nombreux compagnonnages depuis son atelier d'imprimeur à Saint-Laurent-du-Pont . Un dessin pour l'un , une mise en pages pour l'autre ou un tirage particulier - plus d'un millier de recueils - puis il a décidé de fonder civilisation . Une fictive nommée - les Pessinois - à laquelle il va fournir écriture et historiographie . Elle était devenue son terrain de jeu . Les plis géologiques du massif de la Chartreuse vinrent s'inscrire dans le papier , avec force gaufrages aussi pour lui apporter sensualité et relief . Il n'y a pas tant de différence entre tout un chacun et un artiste , si ce n'est que ce dernier donne forme à sa singularité - elle devient une esthétique - une proposition qui est là à disposition . La figure de l'artiste fascine car lui , lui oui est allé au bout de sa démarche . Après une œuvre perdure tant qu'elle conserve une capacité d'attraction , autrement elle rejoint les poussiéreuses et oublieuses étagères placées dans les couloirs du temps . Parfois un érudit passe , la prend dans ses mains , va l'épousseter , l'étudie , puis la repose et s'en va .
Ce livre Marc Pessin , Regards sur l'œuvre est paru en 2009 , il accompagnait une exposition au musée de Grenoble qui lui a été consacrée . On y trouve les contributions de Jean Burgos , Michel Butor , Jean-Pierre Chambon , Pierre Dhainaut , Philippe Gonnet , Pierre Péju , Jean-Pierre Spilmont - ils venaient deviser - parlant la même langue - autour de la Table ronde pour rendre hommage à l'un des leurs . Marc Pessin a disparu en 2022 , d'autres de ces chevaliers aussi - une génération passe . C'est le peson qui mesure la densité d'une œuvre , sa densité mais pas sa popularité - certaines s'effilochent dans l'air du temps , d'autres sont blocs de marbre . C'est ce qu'il a tenté de faire en enfouissant des morceaux qui attendent d'être découverts par des explorateurs . Les plus confidentielles sont les moins recherchées , et il n' y a rien a gagné , ce n'est pas la Chouette d'Or - si ce n'est le plaisir de la rencontre - et celui de recevoir des convives à la Déjeuner sous l'herbe de Daniel Spoerri . Le passage de relais est le moment le plus critique , certains tombent et ne sont plus ramassés . Pour le recensement il y a les Mormons qui s'en occupent , pour décrire les méandres d'une vie il y a moins de volontaires . Quelqu'un un jour écrira-t-il la biographie de Marc Pessin ? Peut-être , peut-être pas , même Romain Bouteille attend la sienne . Faut-il dans ses relevés de traces qui la constitue mentionner à part égales les actions , les réalisations , ou la pensée en volutes forcément volatiles - tant d'éclats déjà dissipés ? Ou parfois se contenter des lignes directrices qui a minima dessinent les contours . Vaste chantier auquel nous tenteront un jour d'apporter des réponses . A de nombreuses tables le siège périlleux reste à pourvoir , il se dit qu'il y a toujours des volontaires pour tenter leur chance . Il se dit tellement de choses . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures