Elles occupent tout l'horizon avec leurs énormes masses noires luisantes - elles furent représentées sur toile par celui qui fût leur plus fidèle portraitiste - Pierre Soulages . En approchant tout semble en mouvement perpétuel - elles se dupliquent , il y a des engrenages de partout . Au sol Jean Vioulac s'aperçoit qu'il patauge dans une matière noirâtre dont il est difficile de deviner si il s'agit de résidus ou de ce qu'elles produisent . Il a fait ce long voyage théorique pour contempler le résultat de plusieurs siècles d'autonomisation du capital . Par moment des clapets s'entrouvrent et aspirent d'immenses trainées dans le ciel puis des centrifugeuses se mettent en action . Il est donc là le cœur du système . C'est un double processus qu'il décrit , tout d'abord l'arrachement des hommes à la nature puis l'économie qui devient seule force motrice . Elle est la souveraine devant laquelle les hommes se prosternent . C'est le constat que peut faire tout observateur lucide - celui du cheminement erratique de toute l'Humanité . Des sols gavés aux cadavres laissés par les milliers de guerres oubliées . Puis quand les hommes ne sont pas occupés à se taper dessus c'est la guerre économique qui se déploie . Certains qui accumulent des richesses indécentes et une machine de production en totale surchauffe - des produits par millions et leur répartition inique . Le capital qui après avoir tout décimé tente d'assassiner le travail - intellectuel et manuel . Les masses qui collaborent à ce renforcement et à leur asservissement . C'est à désespérer , ce n'est pas possible qu'ils soient aussi cons ! Et si c'est ainsi . Convoquer Blaise Pascal le premier cybernéticien remplaçant dieu par sa calculette , Hayek en moderne Attila et Marx en frère d'armes qui tente d'expliciter la folie des hommes et d'y donner un sens . A son tour ne pas laisser tout cela impuni et d'écrire ce troisième opus intitulé - Philosophie de la catastrophe , L'esprit du nihilisme et son destin . Il ramasse un caillou le jette de toute ses forces sur les tuyaux et ça fait Bong
Après tout quand ils jouent aux jeux vidéos de guerre cela fait moins de victimes - beaucoup de pilotes de drones sont des gamers . D'abord avec des pierres , puis des lances ou des flèches , arrivent les armes à feux suivis de l'artillerie , toujours plus , la Grosse Bertha avait marquée les imaginaires . Mais ce n'est rien à côte des missiles divers et variés et bien sur du feu nucléaire . L'arme fatale avec elle les ruines disparaissent aussi . Ce fût une quête de la distance et de l'efficacité meurtrière . Le même mouvement qui à lieu dans l'extractivisme , du fond des océans aux satellites est à l'œuvre , il faut en tirer un max . Il ne faut aucune barrière d'aucune sorte aux flux financiers ou de marchandises - aucun frein que de l'accélération . C'est cette course aux abimes que décrit Jean Vioulac , il l'a décrit consubstantielle aux hommes . C'est la voiture fonçant à toutes berzingue dans la nuit sur une muraille et klaxonnant pour qu'elle se pousse . Mais il est aussi possible que la force agissante soit le faire mieux et ses apories . Faire mieux que la pioche et arriver aux titanesques engins agricoles . Toujours faire mieux dans n'importe quel domaine . Faire mieux en médecine , faire mieux en vitesse , faire mieux en appareils productifs , faire mieux en puissance de calcul , faire mieux en argent , faire mieux en saut à la perche .... Faire mieux encore et encore , d'ailleurs pourquoi ne pas faire mieux sans les hommes ? C'est la promesse eschatologique de tout le système . Se poser la question devant tout automatisme - ce qu'il nomme pulsion de mort - avant de l'utiliser . Il n'y a pas de geste innocent
Pour la chasse une sarbacane , pour des milliards des pipelines - on change de dimensions . Il n'y a pas grande différence entre un élevage de poulets industriels et une série à large audience - il faut juste le nombre . Jean Vioulac évoque l'avènement du numérique en mesure de tout et sa force de destruction - tel la boîte de Pandore . C'est l'esprit du capital bien sur et celui des masses qui génèrent leur propre système thermodynamique . Pour que cette forme puisse se stabiliser il faut que les forces de frictions se réduisent . Que tout s'éteigne - que le feu ne soit plus présent qu'à l'état d'images colorées . Il faut que le règne du sans-contact puisse advenir . Que le lisse prédomine en compagnie de son siamois l'interchangeable . Que le rapport au monde ne passe plus que par le truchement de sa dématérialisation . Peut-être ce que Jean Vioulac perçoit en continuité de pensée depuis les grecs jusqu'à la prise de relais du capital n'est qu'un état qui n'était pas encore révélé de l'existence des masses et qu'elles font advenir grâce aux moyens techniques . Cette pâte dans laquelle il piétine et s'englue les pieds - elle est là la fameuse recherchée par tous les physiciens - celle qui obscurcie et enveloppe tout - c'est la matière noire . Cette matière noire qui est désormais entre les individus , emplissant les espaces qui s'agrandissent . Il se penche y trempe son doigt et prend son courage à deux mains , allez plus question de reculer sa décision est prise . Il le faut pour la connaissance , pour savoir à quoi s'en tenir - il faut la goûter . Il fait la grimace son palais est submergé par un goût mélangé de pétrole et , oui et de merde , puis il y a autre chose d'indéfinissable . Il faudrait faire des analyses pour découvrir ces ingrédients secrets , mais cela est une autre histoire . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures
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