dimanche 28 juin 2026

Il y a des après-midi comme des étendues sauvages


 

 

 Il n'y a pas tant de différence entre une avant-garde et un groupe commando . Ils sont soudés partageant momentanément le même objectif , ils sont peu nombreux , ils sont déterminés pensant avoir la capacité à tout chambouler  sur leur passage et le groupe est constitué de fortes personnalités ayant plus à partager qu'à s'invectiver mais elles ne vont pas tarder à le faire . Il y a ce paradoxe que j'ai souvent mis  en exergue qu'ils annoncent non pas le renversement de la société mais le basculement dans son devenir légèrement différent de ce qu'ils avaient initié  . Aujourd'hui nous partons du côté du surréalisme belge - ils étaient une poignée . Il y avait Louis Scutenaire , Paul Nougé , Irène Hamoir , Christian Dotremont  , Marcel Lecomte ,  Marcel Mariën , André Souris ,  René Magritte quelques autres et  Camille Goemans qui disait en 1949 lors d'une conférence " Le surréalisme s'est toujours présenté comme une prise directe sur la société et comme doué des moyens d'actions les plus directs sur et non pas comme une évasion comme la création d'un monde personnel où on peut imaginer de pouvoir s'abriter contre les coups et la confusion actuelle de l'existence " . Ce n'est pas un imaginaire pâte à tartiner - il s'agit du Grand Jeu et de ses déclinaisons . Christian Bussy page 75 " Les surréalistes sont méchants " Tous ? " Oui . Tous , sans exception " . Ce n'était pas des enfants de chœur , ces frères d'armes étaient enfouraillés un max de leurs actes , de leurs paroles et de leurs écrits et ils avaient à tracer leurs chemins - la culture n'est jamais un truc gentil même si ils tentent de l'encapsuler dans des musées , des galeries , dans de l'argent et des explications . C'est la différence entre les éclairs et les clercs - dans le ciel un grand bruit Bam Bam . Les seconds en causent encore , les premiers sont passés depuis longtemps à autre chose . Marcel Mariën disait " Il y a des après-midi comme des étendues sauvages " 

Cette chronique est  la réunion de deux livres autour du surréalisme belge  . L'un est constitué de la parole recueillie de Christian Bussy journaliste à la RTBF un chic type , un vrai gentil, il  fût le compagnon loyal des surréalistes belges et une mémoire attentive - c'est Les surréalistes au quotidien  . On y trouve quantité d'anecdotes arrachées à l'oubli et à la trame du quotidien - il le répète souvent - si je ne suis pas là en témoin à les sauver elles vont toutes disparaitre . Il sait aussi manier les incises page 182 il décrit  les résidences d'artistes ou d'écrivains et en riant dit que jamais un seul surréaliste n'aurait accepter de déchoir à ce point . Émouvant quand il se rend sur la tombe de Benjamin Perret où  est inscrite cette épitaphe " Je ne mange pas de ce pain là "  et pas bien loin il trouve cette phrase d'orpailleur choisie par Philippe Soupault pour la tombe d'André Breton " Je cherche l'or du temps " . René Magritte et Marcel Mariën deux êtres qui avaient en partage ce goût de l'absolu , de la liberté et de la création . Un chalutage à deux  où pendant la Seconde Boucherie Marcel Mariën écoula des faux billets de banque et de fausses toiles de Ensor , Chirico , Picasso , Max Ernst réalisées par Magritte - de grands joueurs - nombreuses sont encore accrochées aux cimaises . Puis ce fût la grande fâcherie .    En parcourant le second livre , celui  de Xavier Canonne l'actuel directeur du musée de photographie de Charleroi qu'il a consacré à l'œuvre de Marcel Mariën et intitulé - Le passager clandestin - on en comprend les raisons . Le livre est constitué pour moitié d'images de montages à la Duchamp - ce doit être un tropisme des Marcel -  et de l'autre de photos de femmes nues aux pubis fournis . Elle était donc  là sa forêt de Brocéliande , celle de son imaginaire  - ces bosquets du désir . C'était avant la grande déforestation , d'ailleurs il éditait et rédigeait les Lèvres nues . Elle est là la césure entre les deux amis , de toutes ces images à la chromo  - pas une de mémorable . René Magritte , lui dans cette difficile traversée aura estampé l'époque avec son esthétique . Dans les Combrailles sur chaque monuments aux morts sont inscrits des noms précédés de ce prénom - Marien - par dizaines en un funèbre hommage au nihilisme de ces guerres . C'était Saint Marien qui avait arpenté la région le laissant à la postérité des familles , à la fin ne reste plus que ces lettres gravées sur des pierres . Avant de nous  quitter si vous prenez le temps d'aller rendre visite à E.L.T Mesens vous ne serai pas déçu de la rencontre .  A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures 

 


 

 

 

 

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