Ce n'était peut-être pas si intéressant que ça
Mais bon il n'y avait rien d'autre
Ce recueil d'une dizaine de contributions , intitulé - Traits résistants - La Résistance dans la bande dessinée de 1944 à nos jours - est paru en 2011 pour accompagner une exposition organisée au Centre d'Histoire de la Résistance et de la Déportation de Lyon . Un des contributeurs , Laurent Douzou cite ce magnifique texte de Jean Paulhan intitulé L'abeille et paru en février 1944 . A ceux qui objectaient les faibles résultats et les sacrifices humains de ceux qui résistaient , il fit cette réponse " C'est qu'ils étaient du côté de la vie . C'est qu'ils aimaient des choses aussi insignifiantes qu'une chanson , un claquement des doigts , un sourire . Tu peux serrer dans ta main une abeille jusqu'à ce qu'elle étouffe . Elle n'étouffera pas sans t'avoir piqué . C'est peu de chose , dis-tu . Oui , c'est peu de chose . Mais si elle ne te piquait pas , il y a longtemps qu'il n'y aurait plus d'abeilles ." Un texte en mantra pour les guérilleros du quotidien . En cela il rejoint Pierre Rabhi et son colibri - ce n'est pas la quantité mais l'action de porter témoignage . Pour ne pas que les choses restent impunies . Elles sont hégémoniques car elles correspondent à un moment donné aux aspirations ou aux lâchetés du plus nombre . Il reste en toutes circonstances quelque part des endroits peuplés d'irréductibles qui résisteront encore et toujours aux envahisseurs
A la fin des hostilités apparaissent des magazines de bande dessinée dont les noms claquent telles des balles . Coq hardi et son slogan " chante tous les 10 jours pour la jeunesse de France " - imprimé à Clermont-Ferrand pour les dix premiers numéros avant que la rédaction animé par l'inénarrable Jacques Dumas , dit Marijac ne remonte sur Paris . Vaillant - le journal le plus captivant - tout un programme contenu dans son titre , avant que le narratif de la Résistance ne s'estompe et qu'il devienne Pif . C'est une époque de décapage comme le sont les tempétueuses laissant apparaitre les fortes personnalités . Quelques noms pour leur rendre hommage dont je vous laisse le plaisir de découvrir les parcours - Pierre Mouchot , dit Chott , Auguste Liquois , Robert Rigot , Auguste Vissel , dit Alban Vistel , Madeleine Bellet , Roger Lécureux , René Moreu , Jean-Georges Evrard , dit Jean Doisy . La majorité de ces illustrés sont d'une facture classique , les mouvements des personnages ont n'y croit pas trop , c'est assez rigide , avec beaucoup de texte - ce n'est pas du western à la Paolo Eleuteri Serpieri . Ils n'ont guère passé la barre de cette période , à part Calvo et son La Bête est morte ! Pourtant lesté par les textes de Dancette , il donnera la pleine mesure de son talent avec l'album Rosalie . C'est une esthétique à la Walt Disney qui fait d'autant plus regretter le moment européen loupé du passage à l'animation de Benjamin Rabier qui aurait pu offrir une alternative . La bande dessinée est un des reflets de la société et ce livre en donne un bon aperçu . Des voitures de l'occupant allemand équipées de gonio diminutif de radiogoniométrique sillonnaient les rues pour traquer les postes clandestins . D'autres fabriquaient des faux papiers pour échapper aux rafles . Il n'est pas certain qu'une résistance pourrait survivre longtemps face aux moyens technologiques actuels . Il suffit de constater ce qui se passe dans les pays à pouvoir fort . Déploiement de la biométrie , quadrillage des rues par des caméras dont les fameuses qui vont se généraliser - celles à reconnaissance faciale , possibilité d'écouter n'importe quel moyen de communication ou de les bloquer - l'arsenal est lourd . Il n'y aura plus que le pizzino passant de main en main pour l'échappée belle . Tous ces moyens de surveillance se répandent dans la société au galop , la transformant en prison à ciel ouvert . Tous de s'équiper quasi volontairement de bracelet électronique , pour les entreprises c'est la facturation du même nom qui va les enserrer . Une expérience en quelque sorte . Dans tout cela où sont les FTP ? Pas bien loin , mais chut ! C'est un secret . A bientôt pour de nouvelles lectures et aventures
Il raconte
- Je me suis retourné
Elle s'était déshabillée
Je ne sais ni quand , ni comment
Une déflagration dans l'air
Une grenade à fragmentation venait d'exploser
Des éclats de sa nudité sont encore présents
Fichés profondément dans mes rétines
Mi-décembre 2002 le cargo Le Tricolor - s'écrivant sans e - coule au large de Dunkerque . Quelques mois avant déboulait une nouvelle monnaie pour harmoniser une zone économique - l'euro . Faut-il y déceler une concordance ? Dans ce rail de circulation maritime passe le sang - celui de la marchandise . C'est le mouvement incessant des globules-navires qui circulent . Des porte-conteneurs de plus en plus démesurés naviguent - on les dirait construits en briques de Lego . Pourquoi si grands ? Personne ne sais plus . C'est peut-être pour être à l'unisson d'un rythme - celui d'une cavalcade sans fin . Ces broncos en furies décochent des ruades remuant l'air du temps . Des chroniqueurs météorologistes de service en décrivent les mouvements - ils se nomment économistes . En attendant le défilé des marins et des bateaux continue . Ils transportent de la marchandise de quelque part accompagnée de marins de quelque part aussi . Souvent la provenance est celle de l'endroit le moins-disant . Tous ces cargos , tankers , porte-conteneurs et autres carburent au pétrole . Il est possible que cette substance volatile soit celle du capital - elle est par essence apatride . Ce qui lui donnait sa tonalité terroir , c'était les ancrages . Les mêmes que décrivent Elisabeth Gueuret au stylo et Eric Le Brun aux photos - ceux pour faire tenir les balises . Les balises en équivalent des panneaux de circulation routière . Une balise ou un phare sont dotés d'un feu qui émet des éclats qui sont leurs signatures . Cette présence visuelle est rassurante pour les marins - ces effets lumineux et stroboscopiques font discothèque . Mais ce qui est expliqué dans ce livre de 2010 c'est que leur existence est désormais quasiment inutile à part pour la plaisance . Les systèmes embarqués des bateaux suffisent à les guider . Les gardiens de phare ont aussi disparus depuis leur automatisation . Les phares à l'instar des églises devenant des lieux de visites . La disparition et les reflux prospèrent . Matérialisant l'arrivée au port et devenue symbole de la ville de Dunkerque - une balise avec une sirène . Elle peuple les rêves des marins , en mer loin de tout - compagne des désirs en queue de poisson . Des familles en bateaux en font le tour pour lui confier les cendres des disparus . Elle est l'œuvre de Léopold Franckowiak . Une fois les autres démantelées il n'y aura plus que sa présence en ancrage pour les imaginaires . Elle sera seule , elle sera la vigie . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures
Aux oreilles parviennent des bruits de grésillements - nombreux vraiment
Aux narines une odeur de chairs grillées - à suffoquer
Aux yeux des marques partout où ils regardent
Une opération de branding à grande échelle est en cours
Des bouts de coques et de mâts flottent à la surface de l'océan du temps . Des restes de naufrages vraisemblablement . Une barque arrive avec Pierre Vesperini aux rames . A proximité d'un bout de bois il s'arrête et le pêche à l'aide d'une grande épuisette . Aussitôt la trouvaille entre ses mains il le tourne en tous sens à la recherche d'une inscription . Ce peut-être un nom , un vers poétique ou quelques phrases qu'il se hâte de noter dans son calepin qui ne le quitte jamais . Il ramasse du bois flotté issu de la République romaine , pas au-delà il le mentionne dans son introduction , il ne supporte pas l'Empire . Laevius , Furius Antia ,Ticidas , Loreius Tiburtinus , Q.Lutatius Catulus , Varron de l'Aude , Valerius Cato , Volumnius ... une trentaine de noms dans son livre intitulé - Poètes et lettrés oubliés de la Rome ancienne . Pas de femme , ce n'était pas encore leur moment . Un nom qui est lu ou prononcé n'est pas totalement disparu . C'est cela les jeux collectifs avec un ballon , il passe de main en main ou de pied en pied jusqu'à la bibliothèque ou au lecteur . J'écris ton nom qu'il disait
Un nom tel un mot de passe à déposer dans le creux d'une main ou d'une oreille . Il y en a des connus de tous et d'autres vraiment confidentiels . Un nom et son contenu . Dans cette plongée à la rencontre du peu qu'il reste d'eux , étonnamment se trouve une même texture . C'est peut-être cela une époque , une certaine adhérence des pensées aux mots qui les traduisent . Ici que des fragments ils laissent la place à l'imaginaire . D'ailleurs il est fort possible que le traité ou la tragédie dont ils sont issus ne nous toucheraient guère . Ils sont là en témoins . C'est le charme aussi des inaboutissements . Entrer dans une librairie , une solderie , chez un bouquiniste , une bibliothèque - les atlantes sont sur les rayonnages . Au hasard , en exercice , dire à haute voix la liste des Prix Goncourt depuis 1903 . Dans les flots lancer une bouée en direction du bras qui se lève . Il y a des sauveteurs dont c'est la vocation , tel Francis Lacassin voguant dans les marges , Arlette Farge naviguant dans l'Histoire ou pour rester dans le bois et sur le plancher des vaches , celui de Joachim si bien raconté par Jacques-Olivier Boudon . Sauvegarder des sensations , des instants , des histoires , des époques , des noms - il se dit que c'est cela un écrivain . Il se dit tellement de choses . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures
C'est une histoire oubliée dans les replis de la nuit
Loin derrière toi
Au devant les vastes étendues
C'est le matin , la voici à nouveau
Il semble qu'elle soit tienne
C'est une race endormie ignorante de sa puissance . En absorbant le monde en narcose colorée ils enflent - ils prennent sa rotondité . La main à la bouche en permanence pour l'avaler . Beaucoup sous sa forme sucrée et grasse - des sodas , des burgers , des chips , des barres chocolatées - tout ce qui passe à leur portée . Le couch potatoe est un sumo non-révélé - mais qui manque d'entraînement - beaucoup . Loin d'eux au Japon ces hommes forts aux têtes rebondies directement posées sur corps s'affrontent en rejouant les combats des dieux . Les rituels en continuité et les acteurs du jour pour les réinventer . Des colosses qui faillirent être détrôner par les gaijins . Les meilleurs du monde entier sont plus nombreux que les meilleurs d'un pays . Il n'y avait plus que des champions venus d'ailleurs qui raflaient les titres , alors ils ont imposés des quotas pour que leur sport ne soit pas dénaturé . Il y a t-il un sens pour un public local d'applaudir que des mercenaires ? C'est ce qui est advenu dans beaucoup d'autres sports . Parfois en Premier League il conserve un joueur anglais , vraisemblablement pour servir le thé à la mi-temps . Cela est aussi valable pour la marchandise , la culture ou autre . Il se dit que les races d'endormis ne rêvent plus que de panthéons étrangers . Il se dit tellement de choses
Avec cette baguette magique qui fonctionne quasiment à chaque fois
Les taupinières deviennent des montagnes
Et c'est beau
Sur les parois vitrées des Palais des glaces sans issue des traces de mains ensanglantées
Il est donc là ce nouvel art pariétal