Au-dessus du berceau est présenté une tétine , un jouet ou un moderne hochet en forme d'écran . L'enfant tout à ses découvertes tend avidement les mains ou les yeux pour les saisir . Pour Michel Colin il faut revenir quelques temps en arrière , déplaçons-nous au cœur de la forêt de Brocéliande , à côté d'un chêne qui sembla s'ébrouer puis une voix se parlant à elle même se fit entendre - " Allons bon où suis-je arrivé ? Ce pays ressemble peu à celui dans lequel j'ai vécu " . C'est Chu Ta ( Zhu Da ) qui vient d'être catapulté en Bretagne , il s'interroge mais pas pour longtemps , il ne pouvait arriver à meilleur endroit . Un correspondant local , un druide ayant l'habitude de ces évènements , arpente quotidiennement les sous-bois pour apporter son aide . Il sait d'expérience que beaucoup arrivent ici car cette base d'atterrissage est un lieu propice . La population habituée à ce merveilleux n'y prête presque plus attention . " Ah notre antenne 8G le Grand Chêne à un nouvel arrivant , allons l'accueillir . Bonjour l'ami et bienvenu dans ton nouveau pays , je sais qui tu es , je vais t'aider , tu cherches ta prochaine réincarnation pour continuer ta peinture " . " Oui je crois que c'est cela mais vous savez j'étais fortement engagé dans la Voie Excentrique , j'étais très solitaire à tendance monastique , il va me falloir trouver un homme de cette trempe la " . Ce fut au druide qui connait mieux les modalités de lui répondre " Ce n'est pas moi qui vais le trouver - c'est toi , tu as tout ton temps , et si je ne suis plus là mon successeur s'en occupera . Vas par monts et par vaux et dès que auras trouvé - fais moi signe " . C'est ainsi dans ce pays où ils n'ont peur que du ciel pouvant leur tomber sur la tête que Chu Ta se mit en quête .
Dés qu'une naissance déboulait , Chu Ta était là . Il visita tous les couffins de Bretagne . "Ce n'est pas possible je ne trouve que des peintres abstraits , des artistes conceptuels et des vidéastes , plus aucun sculpteur et peu de lettrés " se dit-il . Mais un jour de décembre 1933 , dans une maison à Rennes où un petit venait de naître , il passa dans sa tournée d'exploration et là stupeur ! Le petit avec ses petites mains potelées dans l'air esquisse des idéogrammes , il n'y a aucun doute , ce ne peut-être que lui . Il retourne en un courant d'air quérir le druide qui lui déclare " Oui c'est fort possible mais il faut maintenant que je fasse mes vérifications " . Ce n'est que quelques mois plus tard pendant le solstice d'été que le druide vint taper à la porte " Bonjour , je vous apporte du gui " , "Oh soyez le bienvenu , entrez boire un coup d'hydromel " . Il entre , regardes à droite et à gauche et s'exclame " Quel charmant bambin vous avez là , je m'en vais le saluer " , subrepticement il sortit de sa toge un pinceau de calligraphe et un crayon à mines , l'enfant en les regardant articula fort nettement pour qu'il puisse l'entendre " C'est mes mines , c'est mon pinceau " . Un grand sourire empli de sérénité se leva sur le visage du druide , sa mission était accomplie . Michel Colin devint typographe , puis traversa la tentation du retrait du monde , il passa six années entre 1957 et 1962 à l'Abbaye de Boquen en sortant il déclara " Je suis un solitaire qui n'a pas réellement conscience du contact d'aujourd'hui " . En 1965 c'est décidé , il va se consacrer à son œuvre de peintre , il décide de changer de nom , il se souvient d'un village au cœur de la forêt de Brocéliande qui abrita une branche de sa famille - Psihan . Un coup de verlan et cela devient Han Psi , sa nouvelle signature . Au fil des tentatives et des réussites , il n'aura désormais qu'un seul objectif - se rapprocher de la perfection - explorer le mariage des nuances du noir de l'encre et celles des papiers blancs . A sa façon , celle de occidental se baignant dans une autre culture , s'y immergeant tout entier au point d'y disparaître . Il vient de réapparaître dans ce livre réalisé par Yves Prié aux éditions Folle Avoine et intitulé Han Psi - Un artiste du signe - ne loupons pas cette occasion de faire connaissance . Je ne résiste pas au plaisir de vous faire lire cet hommage d'un de ses amis - qui est une belle définition d'un compagnonnage possible avec une œuvre , c'est Gildas Le Bayon page 46 , voici la fin de son texte " Ce tableau ne s'appelle plus " Écorces " . Il n'est plus appelé d'un nom . Puissance intacte , il est dans notre maison , à Françoise et à moi , toujours à la même place depuis notre arrivée en Cévennes , il y a 44 ans . Il existe par lui-même , il est là , beau inépuisable - la beauté , c'est ce n'épuise pas le regard ( et seul le réel est absolument beau ) . Nous le regardons encore , et lui nous regarde aussi . Han Psi est là , avec nous , silencieux , stable et parfait " . A bientôt pour de nouvelles aventures et lectures