Pop ! Un ici . Pop ! Un autre là-bas . Pop ! Pop ! Pop ! Pop ! Toute une poussée . Les champignons c'est comme les artistes , souvent il est possible de deviner une logique - le terreau était déjà favorable - il y a des lignées arrimées au mycélium , et l'un ou l'autre arrive à la bonne période . C'est la conjonction d'un talent et d'une attente qui le fait sortir de terre . Parfois le surgissement est plus inattendu . Pop ! Façon art spontané , c'est ainsi que Jean Tourlonias débarqua , avec ses tableaux réalisés sur un peu tous les supports qu'il avait à portée de mains - des bâches plastiques de serres , des plaques en bois ou en fibre de verre , avant d'élaborer ses propres châssis . Il pratiquait le maraîchage , ses toiles prirent naturellement place à côté des légumes qu'il vendait au marché de Cébazat . Pourquoi se mettre à peindre ? Pourquoi pas , après tout d'innombrables corps se couvrent biens de tatouages . Ce geste de peindre il le met en œuvre à son retour de mobilisation d'Algérie en 1962 , d'avoir côtoyé les blessés , les morts , les tragédies sous le soleil , peut-être en exutoire , il va alors se mettre à peindre en couleurs vives , en hymne à la vie . D'abord les paysages et les gens qu'il vient de découvrir - avec du désert et des chameaux - puis des voitures et des motos du Paris-Dakar et leurs pilotes , avant d'y rajouter en dédicace les vedettes du jour hommes et femmes politiques ou du spectacle . Pop ! Pop ! Pop ! C'est son Pop Art à lui . Il se dit qu'en peignant il entonnait la fameuse chanson . " Chauffeur , si t'es champion , appuie , appuie . Chauffeur , si t'es champion appuie sur le champignon . A fond ! A fond ! A fond ! " . Il se dit tellement de choses
Tous les personnages présents dans les tableaux de Jean Tourlonias arborent une lueur inquiétante d'étrangeté dans leurs regards . Ils semblent provenir d'un lointain et peut-être d'une autre civilisation - c'est l'étoile à l'œil . Une partie de l'explication du mystère est à rechercher du côté d'Haïti , ce pays où la part de bénédiction et celle inhérente de malédiction propres à chaque pays semblent ici faire de terribles duels . Tout a débarqué d'une volonté esthétique puis tout est parti en sucette après la réunion . Venons-en aux faits , c'est un des participants qui nous a confié l'histoire sous le sceau de l'anonymat , il était à ce fameux conciliabule . Ils étaient une douzaine , il n'est possible de citer que ceux qui ne sont plus - Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d'Argent dit Frankétienne , Louisiane Saint Fleurant , Jean-Claude Garoute , Robert Saint-Brice , Charles Obas . C'était le premier avril 1961 , ils étaient dans une clairière sous la canopée des étoiles . Ils commencèrent le rite de la torsade , il s'agit de tresser pour les additionner les forces créatives . Elle forme d'abord dans le ciel une sorte de pylône puis en fonction du mouvement insufflé elle se met en quête de la ou des demandes . Ici l'enjeu était d'exporter leur art et ce qu'il comporte en Europe . La suite vous la devinez , après une harassante recherche - Jean Tourlonias fût le fulguré , ils venaient de dénicher leur messager . Il était là peinard en perm puis soudain il s'est parlé à lui même et sa voix intérieure s'est faite entendre " Bordel j'ai envie de peindre de toutes les couleurs , en bleu , en jaune , en rouge ..." . Il est parti s'acheter de la peinture et des pinceaux , pour les supports vous connaissez déjà .
Georges Dubouchet est le gardien de la mémoire d'un monde disparu celui de la paysannerie du Massif Central , à laquelle il a consacré de nombreux ouvrages . Il y décrit le mobilier , les outils et leurs usages , les hommes et leurs traditions oubliés de tous - c'est une Atlantide qu'il évoque . A bien y regarder cette Auvergne passée ressemble à l'Afrique - même familles nombreuses , un sens identique de la débrouillardise pour fabriquer ses propres outils , même opiniâtreté à travailler la terre , mêmes rites ancestraux lentement élaborés et connus d'eux seuls . Une peinture colorée avec du texte , faite à l'arrache et attrapant le populaire qui flotte dans l'air pour le coller sur des toiles en chantant du Amadou et Mariam - oui c'est la même . C'est un surgeon du tronc commun séparé qui a rejailli de façon improbable à Cébazat . Il était libre et inspiré cet homme - un artiste - libéré de ses chaînes , à part celle des volcans en partage avec ceux de l'île . Ses toiles en autant de résurgences , elles apportent aux cimaises un ailleurs . Mais il n'y avait pas qu'une esthétique d'un art spontané qui est arrivé . Les artistes sont de grands farceurs , dans le paquet cadeaux celui qui a illuminé Jean Dubuffet partant à la poursuite de tous les éparpillés , il y avait aussi des morceaux du culte invoqué mais adapté à cette Europe - c'est ainsi que le vaut-tout a commencé son œuvre . Ceci est une longue histoire que nous raconterons une autre fois , en attendant je vous souhaite de chouettes lectures et aventures